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12 Feb 2019

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Commémoration de l'abolition de l'esclavage : une date de choix s'impose !

Un projet de loi sur la création d'un jour férié national commémorant l'abolition de l'esclavage vient d'être présenté par le député de la France Insoumise, Jean-Hugues RATENON qui propose la date du décret de la première abolition de l'esclavage, à savoir le 4 février 1794, tout en gardant la date du 10 mai.

Le 10 mai étant la date de commémoration officielle sur le plan national correspondant à la loi TAUBIRA de 2001 relative à la reconnaissance par la France de l'esclavage et la traite négrière comme crimes contre l'humanité.

 

Mais aussi, nous avons assisté à une première cette année, contre toute attente, le Président Emmanuel MACRON a décidé de commémorer l'abolition de l'esclavage le 27 avril, tout en maintenant la journée nationale de commémoration du 10 mai. 

Cette date correspond au décret du 27 avril 1848 de la deuxième abolition de l'esclavage sous l'impulsion de Victor SCHOELCHER.

 

Que penser de toutes ces dates ?  De quoi laisser perplexe, non ?

Elles sont certes importantes car elles marquent des étapes législatives qui ont permis de faire avancer la question de l'esclavage, mais elles ne sont pas assez pertinentes pour être retenues comme date nationale officielle pour commémorer un évènement aussi important.

 

Nous nous trouvons à présent avec plusieurs dates au niveau national pour commémorer le même évènement.

N'est-ce pas là, le meilleur moyen de noyer le poisson et de créer une vraie confusion dans les esprits de nos concitoyens et ainsi de ne pas contribuer à l'efficacité du travail et du devoir de mémoire à réaliser.

 

Nous sommes d'accord sur un point, avec le député Jean-Hugues RATENON, à savoir qu'il est nécessaire d'instituer un jour férié national pour la commémoration de l'abolition de l'esclavage, mais nous ne sommes pas d'accord sur le choix de la date et encore moins sur une pluralité de date.

 

En effet, la date du 10 mai renvoie à des faits beaucoup trop récents, la date du 4 février ne peut être retenue dans la mesure où huit ans plus tard, soit en 1802, l'esclavage a été rétabli par Napoléon Bonaparte, quant à la date du 27 avril, elle n'est qu'une des conséquences de l'évènement historique déclencheur qui a permis l'abolition de l'esclavage.

 

Alors qu'elle date retenir et selon quels critères ?

 

Pour que la date choisie ait toute sa portée et toute sa cohérence faudrait-il :

 

1°) Qu'elle soit unique 

 

Nous pensons qu'une multitude de dates (le 4 février, le 27 avril et le 10 mai) au niveau national pour la commémoration de l'abolition de l'esclavage n'est pas le meilleur moyen pour que le devoir de mémoire pourtant nécessaire se fasse et qui plus est dans les meilleures conditions.
 

Nous tenons à préciser qu'une date unique nationale ne remet en aucun cas en cause la date régionale commémorative de l'abolition de l'esclavage propre à chaque territoire d'Outre-Mer : Elle est prévue le 27 avril à Mayotte, le 22 mai à la Martinique, le 27 mai en Guadeloupe et Saint-Martin, le 10 juin en Guyane,

le 9 octobre à Saint-Barthélémy et le 23 mai pour les ultramarins vivant en France hexagonale, date qui a été à l'initiative de l'association CM98 qui a organisé la fameuse marche du 23 mai 1998 ayant réuni près de

40 000 personnes à Paris, afin d'honorer la mémoire des victimes de l'esclavage colonial.

 

2°) Qu'elle soit liée à un évènement historique ayant provoqué l'abolition de l'esclavage

 

Nous sommes convaincus que la date du 23 août est une date de choix pour commémorer l'abolition de l'esclavage sur le plan national, mais aussi sur le plan européen.

 

En effet, le 23 août 1791 marqua le premier grand soulèvement d'esclaves dans la colonie française de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti).

Dutty BOUKMAN, esclave né en Jamaïque, organisa une cérémonie vaudou le 14 août 1791, dite du "Bois-Caïman", afin de préparer un grand soulèvement d'esclaves, qui a eu lieu dans la nuit du 22 au 23 août 1791.

Le bilan fut sans appel, près de 1 000 Blancs assassinés, 161 sucreries et 1 200 caféières brûlées. BOUKMAN périt au combat, à la tête de ses troupes. Comme il passait pour invulnérable auprès des esclaves, on exposa sa tête au Cap.

 

Nous sommes alors convaincus que cette date, hautement symbolique devrait être choisie, afin de rendre hommage au combat des esclaves pour leur libération. Dans la mesure où elle représente l'évènement historique déclencheur qui a entraîné d'autres soulèvements d'esclaves et de marrons (dont ceux d'Ignace, Delgrès et Solitude en 1802 contre le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe), puis qui a permis l'abolition de l'esclavage et donc le commencement de la chute des empires coloniaux européens reposant sur la traite négrière.

 

C'est cette révolte qui a conduit à la révolution haïtienne avec Toussaint LOUVERTURE puis avec Jean-Jacques DESSALINES qui elle même a abouti à l'indépendance d'Haïti le 1er janvier 1804, en tant que première République noire libre du monde.

 

Thierno Seydou DIOP, historien précise, dans ce sens : [...] "C’est aussi témoigner la bravoure et la détermination de ces Africains qui montraient que la lutte pour la liberté est une nécessité universelle et un droit à revendiquer [...].

Il faut rappeler aussi que cette revendication de la lutte pour la liberté traduit la voie tracée et suivie par les marrons ou esclaves fugitifs qui se sont tant de fois engagés à briser la chaîne de la servitude depuis les premières générations africaines introduites dans la colonie" [...]."

 

L'UNESCO l'a bien compris, puisque, c'est aussi cette date du 23 août que cette organisation internationale a choisi pour proclamer en 1997, le 23 août  : "Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition", en mémoire justement de l'insurrection des esclaves à Saint-Domingue.

 

De même, saviez-vous que la révolte d'esclaves, menée par l'esclave Kongo, François MAKANDA en 1740 à Saint-Domingue a influencé la Révolution française de 1789 ? C'est ce que prétend en tout cas l'historien Samba Axel.

 

En effet, Samba Axel dit : [...] "Conscients de leurs situations sociales de servitude, les esclaves africains se révoltèrent d’abord pour la toute première fois le 26 décembre 1522 à Saint-Domingue, ensuite celle de Jean Padre de 1676 à 1679.Toutes ces deux premières révoltes Africaines, quand elles ont eu lieu, il n’y a pas encore en Europe le Siècle des Lumières du XVIII siècle qui propagaient les idées de liberté,de justice entre tous les hommes, ni encore moins le cycle des révolutions (anglaise en 1689, Américaine en 1776,et française de 1789). Cela revient à dire que les premières révoltes Africaines d’esclaves qui ont lieu en Haïti sont les prémices, les bases, les fondamentaux, les génitrices de toutes les autres révolutions Américaine de 1776, et Française de 1789, qui celle-ci sera plus influencée par la révolte de 1740,qui était la plus marquante pour la France, car ce sont les soldats français eux-même qui se battaient sur le terrain, venu de la métropole, et causa une humiliation de la France par sa colonie.Celle-ci la plus frappante et hautement symbolique et significative qui est la révolte de Makanda en 1740 terrassa et fit incliner les négriers français de Saint-Domingue, tel un ouragan." [...].

 

Il poursuit en précisant  : "La révolte Kongo de Makanda, sera la matrice de la Révolution Américaine de 1776, car le facteur de proximité dans le cadre d’une révolution, est important et aussi d’autant plus les colonies britanniques étaient sous haute domination du Royaume-Uni, dont les colons et quelques bourgeois n’en supportaient plus, de même pour la Révolution Française de 1789 et non l’inverse. La Révolution française de 1789 est fille de la révolte de Makandade 1740, de par l’importance ou le rôle de la colonie de Saint-Domingue pour la France. Du coup, nous comprenons que les Droits de l’homme, dont les français se vantèrent et se vantent d’être les fondateurs ne sont que des faits, des textes, des lois nés des Kongo, c’est une marque Kongo. Comme il existait déjà au Royaume Kongo, les écoles initiatiques du Lemba, kimpassi qui apprenaient déjà la morale, l’éducation, la justice, les droits fondamentaux des hommes dans la société pour cela, les Français conscients de leur faiblesse ne l’ont jamais dévoilé." [...].

 

3°) Qu'elle soit fériée et l'affaire de tous

 

Nous trouvons curieux et incohérent que cette journée nationale commémorative du 10 mai (idem pour le 27 avril) ne soit accessible que sur invitation, elle devrait au contraire être ouverte à tous, contribuant ainsi à ce que ce devoir de mémoire puisse être réalisé par la Nation toute entière, sans discrimination et sans repentance.

D'où l'intérêt que cette date commémorative nationale soit fériée, permettant ainsi l'unité nationale autour de cette date.

 

Par ailleurs, le 10 mai est souvent confondu avec d'autres évènements organisés le même jour et en 2018, la fête chrétienne de l'ascension est tombée également le 10 mai, ce qui en diminue l'impact.

Il est donc important que ce jour férié soit réservé exclusivement à la commémoration de la traite négrière et à son abolition, par respect pour nos ancêtres victimes de l'esclavage colonial, afin de leur rendre l'hommage et d'effectuer comme il se doit le devoir de mémoire qu'ils méritent.

 

Nous devons également garder à l'esprit que malheureusement l'esclavage existe encore de nos jours, ainsi que ses conséquences (racisme, discrimination, ségrégation, inégalités, injustices et violences raciales...),c'est la raison pour laquelle, cette commémoration doit être l'affaire de tous.

 

En conséquence, la date du 23 août est une date légitime qui s'impose donc comme une évidence pour la commémoration de l'abolition de l'esclavage sur le plan national, mais également sur le plan européen, puisqu'elle est déjà reconnue sur le plan international.

En effet, cette date du 23 août 1791 a été l'évènement historique qui a déclenché les évènements relatifs aux dates du 4 février 1794, du 27 avril 1848 et du 10 mai 2001.

 

En outre, la loi TAUBIRA du 10 mai est une date importante dans l'histoire de l'esclavage puisqu'elle a permis de faire reconnaître l'esclavage comme crime contre l'humanité.

Mais pour que cette loi retrouve tout son intérêt et son poids, il est nécessaire que son article 5 relatif à la question de la réparation et qui figurait dans le texte d'origine soit réintégré : "Il est instauré un comité de personnalités qualifiées chargées de déterminer le préjudice subi et d'examiner les conditions de réparation due au titre de ce crime. Les compétences et les missions de ce comité seront fixées par décret du Conseil d'Etat".

En effet, aucun crime ne peut rester sans réparation et encore moins un crime contre l'humanité pour lequel le prétexte de la prescription ne peut être opposé.

 

Enfin, les divisions et les problèmes d'égo doivent avoir la sagesse de s'effacer face à la mémoire et aux sacrifices de millions d'hommes et de femmes morts de l'esclavage colonial et de la traite négrière pour que nous Afro-descendants soyons libres aujourd'hui !

 

 

Références : - "23 Août 1791 : Révolte des esclaves à Saint-Domingue (Haïti), une Remémoration d’une                                lutte pour la liberté" - Article de Thierno Seydou DIOP sur le site de lencrenoir.com

                       - "Ce que la Révolution française de juillet 1789 doit à la Révolte esclavagiste Kongo de

                           François Makanda de 1740 à Saint-Domingue" - Article de Samba Axel sur le site de

                           lencrenoir.com

                       - "Contribution au projet guadeloupéen de société" - CASAD - Antoinette LAPTES - Maud

                           ALET et Patricia POMPILIUS - Editions Jasor.

 

 

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